samedi 3 mai 2008

Ecrits et chuchotements 6

Les hommes célèbres, dans tous les temps, sont nombreux chez qui la gloire ou la vertu ne furent qu’un hasard. La chance et l’ambition ont entraîné leur courage et ils se sont ainsi élevés au-dessus d’eux-mêmes par quelques actions éclatantes. Mais le reste de leur vie n’est qu’une lacune immense et stérile qui n’a pas produit grand chose… A qui pense-t-on ? Sarkozy ? Berlusconi ? Bush ? Poutine ? Mais cet auteur du XVIIIe siècle qui nous livre un art consommé du panégyrique ne les connaissait pas. Il poursuit : « On est embarrassé d’expliquer et de concilier dans le même homme, ce mélange de force et de faiblesse, de lumières et de ténèbres, ces contradictions choquantes dans le caractère, ces inconséquences dans la conduite, ces heureux élans vers la grandeur, et ces chutes honteuses dans la bassesse. Point d’unité dans leurs principes, de régularité dans leur marche. Ainsi, qui sait voir et juger, ne trouve souvent que des âmes communes, des caractères médiocres cachés sous l’éclat imposant d’une qualité brillante, qui, secondée par d’heureuses circonstances, s’est montrée quelquefois avec avantage et a jeté quelques éclairs passagers ». Pourtant, là nous le reconnaissons bien, c’est.. voyons… nous le connaissons tous ! Bien loin de lui comme sont rares les « âmes fortes et vigoureuses, qui n’empruntent leur mérite ni des passions, ni des événements et ne se démentent jamais ; qui se déterminent par leur raison, agissent par volonté, remplissent leurs devoirs par le seul amour de l’ordre, aiment le bien, parce qu’il est le bien ; et dont toute la vie, retraçant la sublime uniformité des lois de la nature, semble se développer d’après le germe où il était renfermé, et qui ne change en croissant ni de nature, ni d’espèce.
Ces hommes sont les vrais sages ». Notre XXIème siècle manque de sages comme le héros célébré par M. Le Tourneur dont l’
Eloge remporta le prix de l’académie de Marseille le 25 août 1778 : le maréchal du Muy, premier et éphémère ministre de la guerre de Louis XVI. Mentor du Dauphin son père, homme religieux et fidèle il se fit enterrer auprés de son maître dans la cathédrale de Sens où est toujours sa dépouille sur laquelle est gravée « Ce n’est qu’ici que finira ma douleur ». Nicolas-Victor de Félix, comte du Muy (1711-1775), était le fils de la sous gouvernante de Louis XV placée là par le cardinal de Fleury, son précepteur, pour mieux surveiller l’éducation du Roi.
Cette famille fit une réussite formidable à la cour et c’est tout naturellement qu’il fut élevé avec le dauphin dont il fut le menin, mais surtout le confident, et chose rare à la cour, l’ami. On trouva dans les papiers du dauphin après sa mort cette prière : « Exaucez ma prière en prenant sous votre protection votre fidèle serviteur du Muy, éloignez de lui le fer et le feu, les maladies et les atteintes mortelles de la contagion. Soutenez les dans ses travaux, afin qu’il continue à me donner, comme il l’a toujours fait, des conseils pleins de piété, et qu’il m’aide à défendre la Religion et la justice ». Il avait refusé le ministère de la guerre à Louis XV en lui écrivant « Je n’ai jamais vécu dans la société de V.M par conséquent je n’ai jamais été dans le cas de me plier à biens des choses d’usage pour ceux qui y vivent ; à mon âge on ne change point sa manière, et mon caractère inflexible changerait bientôt ce cri public, dont V.M. a la bonté de s’apercevoir, en blâme ou en haine ; on me ferait perdre les bontés de V.M. j’en serais inconsolable. Je la prie donc de vouloir bien jeter les yeux sur un sujet plus capable ». C’est ce que certains hommes politiques « d’ouverture » devraient méditer avant de rallier un autre camp, mais nous manquons aussi de caractères inflexibles…

1 commentaire:

jean lescure a dit…

Quelle époque!quelle langue!
tout a t'il donc été pensé au
XVIII ème.